dimanche 14 janvier 2007

Chagrin d'école… ou le vrai Pennac à livre ouvert

Je ne sais pas si je vous ai déjà parlé de Malaussène... mais il y a dans ce personnage de Daniel Pennac quelque chose d’attachant que je n’avais pas encore eu l’occasion d’analyser.

Oui, je l’avoue volontiers, j’aime lire les écrits de Pennac, même si à la base je m’y suis pris très tard.
Bon, commencer par “La fée carabine”, ce n’est pas dans le bon ordre, mais ce livre m’a ouvert l’univers de Pennac et j’ai parcouru avec un réel plaisir ses aventures.
La lecture reste pour moi un moment de détente : tout comme une bonne séance de cinéma.
J’ai besoin de temps en temps de vivre autre chose.
S’enfermer dans un livre, c’est oublier pendant la lecture les autres soucis, c’est s’évader sans avoir à bouger de chez soi !
Depuis maintenant deux ans, il faut avouer que le surf sur les blogs a quelque peu modifié mes habitudes. Là c’est tous les jours que m’évade sans pour autant bouger de derrière mon ordinateur.
Infidélité à mes lectures ? Non d’autres formes de lectures !
chagrin d'école

Avec tout ça je m’éloigne du sujet principal de cet article : Daniel Pennac tel que je ne l’avais jamais vu, voire jamais imaginé.
Les livres doivent refléter la personnalité de leur écrivain... peut-être, même sûrement, mais je n’ai jamais prêté attention à toutes ces théories qui me sont particulièrement obscures et auxquelles je n’ai jamais adhéré. En repensant à Malausssène, le bouc émissaire, après avoir lu ce matin l’interview de Pennac dans Télérama (n°3013) j’ai fait un petit effort d’analyse et pense avoir compris en partie l’origine de cette saga.
Daniel Pennac parle de sa jeunesse, des difficultés des enfants en échec scolaire... milieu qu’il connaît bien pour y être passé.
Comment un cancre pourrait-il être joyeux ?
Daniel Pennac, fils de polytechnicien et avec une mère au foyer pour s'occuper de lui devait tout avoir pour réussir ses études... et pourtant, à la lecture de l’interview on découvre que ce ne fût pas le cas.
Professeur de français, écrivain qui mettra en valeur le quartier de Belleville, Daniel Pennac aura été un enfant en échec scolaire... comme quoi il ne faut surtout pas se lamenter devant des relevés de notes “ peu glorieux “.
En détaillant les propos recueillis par Michel Abescat, on découvre un personnage attachant et qui a un regard précis sur le monde qui l’entoure.
A propos de l’évolution de l’enfant dans la société :
- dans les années 1860, Victor Hugo en France et Dickens en Angleterre oeuvrent pour libérer l’enfant de l’exploitation par le travail. Puis Jules Ferry les installe dans l’école gratuite et obligatoire...
- Un siècle plus tard, retour à la société des adultes... non pas comme travailleur mais comme consommateur ! Et d’en tirer toutes les conséquences (un bel article à lire si vous ne l’avez pas déjà fait).
Bref  “l’achat de l’objet convoité est devenu, pour les parents, le moyen principal de manifester leur affection.... Les enfants d’aujourd’hui confondent leurs désirs superficiels et leurs besoins fondamentaux... “ et quand ils sont en classe, ils n’ont donc pas saisi “qu’ils se trouvent dans un lieu qui a pour vocation de s’adresser à leurs besoins fondamentaux : lire, écrire, compter, raisonner” et qu’en contrepartie ils doivent fournir une monnaie d’échange “du savoir contre de la concentration”.
Son professeur de mathématiques faisait partie de cette race d’enseignants ayant “L’amour de leur matière... et la passion de la transmission”.
“Ne t’inquiète pas, Daniel, j’ai confiance en toi, tu vas t’en sortir. Arrête de te raconter des histoires, mets-toi au travail etc...”. Ce prof qui en une année l’a fait passer de 0 à la moyenne avait quelque chose de plus.
“Il me prenait pour ce que j’étais, un enfant persuadé, à raison, qu’il ne savait rien et, à tort, qu’il ne saurait jamais rien.”
Si on en croit Daniel Pennac, il a usé de cette pédagogie avec ses propres élèves.
Enfin, dans “Chagrin d’école”, son ouvrage autobiographique, il aura placé ses plus mauvais souvenirs, difficiles à avouer sur la place publique mais exposés là sans fard : envoyé en pension pour un acte grave, il aura mis quelques décennies pour les surmonter. C’est d’ailleurs ce qui le rend encore plus humain.
Que vous dire de plus ?
Son livre commence par l’épilogue ! Sa mère presque centenaire en train de regarder une émission enregistrée par son frère. On y parle de son fils, de sa vie, de ses réussites, de ses amis... on le suit dans ses déplacements dans le monde entier. On apprend que son nom vient d’entrer dans le Robert... à la lettre P, sous le nom de Pennac de son nom entier  Pennacchioni prénom Daniel...
En bref une émission dont plus d’un parent serait fier... et pourtant, la conclusion sera après le générique de fin :
“Silence
Puis se tournant lentement vers Bernard, elle demande :
tu crois qu’il s’en sortira un jour ?”
Comme quoi toute une vie réussie ne viendra jamais à bout des craintes développées par une mère lors de la période scolaire.
Une dernière anecdote : il en parle dans l’interview et c’est dans le 12ème chapitre.
Le 30 septembre 1969, il reçoit une lettre de son père alors qu’il vient de commencer sa carrière de professeur.
En la relisant après tant d’année, un détail le frappe :
“Il ne s’était pas contenté d’écrire mon nom, le nom du collège, celui de la rue et de la ville...
Il y avait ajouté la mention professeur.
Daniel Pennacchionni
professeur au collège...
Professeur...
De son écriture si exacte.
Il m’aura fallu une existence entière pour entendre ce hurlement de joie - et ce soupir de soulagement.”
C’est une chose que je ne saurais jamais : qu’auraient pensé mes parents de ma vie, de ma situation professionnelle... ?

J’ai eu l’occasion il y a quelques années d’avoir accès à une lettre écrite par ma mère, peut-être la première fois que j’en lisais une... Que d’émotions à découvrir son écriture et plein de détails révélés au travers de quelques mots.
S’ils m’avaient été adressés...
Chagrin d’école me donnera l’occasion de faire moi aussi un petit retour sur mon passé.
La quatrième de couverture (un clic sur l'image pour la voir) rappellera sûrement des souvenirs aux parents... voire aux enfants !
Daniel Pennac 
Daniel Pennac, un auteur à redécouvrir
CHAGRIN D'ÉCOLE [2007] 320 pages, 140 x 205 mm. Collection blanche, Gallimard -ess. ISBN 9782070769179. Parution : 11-10-2007.

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