mercredi 14 mars 2007

Lucie Samuel

C'est pas juste

Un peu de pédagogie sur la définition du mot « résistance » par une experte en la matière.

Les élèves ? Des petits mômes d’une classe qui accueillent la mamie qui a été fut un temps professeur agrégée d’histoire. 

L’exemple choisi ? Qui n’a pas prononcé ces mots là : « c’est pas juste ! ».
Et de là expliquer où commence la résistance. Et de faire comprendre à tous ces enfants qu’ils ont eux aussi à un moment de leur jeune existence fait preuve d’un même engagement. S’opposer à l’injustice. 

D’illustres ont été résistants avant l’heure : Hugo, Zola… je ne me rappelle plus les noms cités, mais manifestement l’objectif n’était pas de se hisser à leur niveau mais au contraire de montrer que seul l’engagement permet de faire bouger les choses. 

Dans son carton d’itinérante des salles de conférence ou de classes, deux objets symboliques. 

D’abord « l’étoile jaune » que les enfants devaient eux aussi porter, c’en est une vraie, elle est d’époque et s’adressant à la salle elle leur précise qu’ils l’ont vue, qu’ils peuvent / doivent s’en rappeler, devoir de mémoire. 

Lucie Samuel / Lucie Aubrac

Ensuite une photographie d’un cimetière musulman. La question est : « d’où vient la photo ? ». 

Bien entendu de France, d’alsace. Des combattants de cette confession sont morts pour la France. Là encore le message est construit, hier des étoiles jaunes, demain des croissants à porter bien en évidence sous prétexte d’une origine d’Afrique du nord ? 

Son message est clair, le propos est précis, elle ne nous raconte pas son histoire, elle nous donne les éléments pour éviter que ça ne se reproduise. Et l’outil préconisé c’est le bulletin de vote ! 

Elle parle aussi d Amour, de son engagement auprès de son ingénieur de mari qui sera bien triste quand elle ne sera plus. 

Elle parle des petits bonheurs, pas des grands qui ne se reproduisent pas tous les jours (réussite à un examen, naissance d’un enfant…), mais des petits évènements au quotidien qui améliorent le vécu. 

A propos des enfants, elle explique le côté extraordinaire de donner le sein à un bébé. C’est émouvant tellement c’est bien décrit. Et l’anecdote sur ce sujet ne peut pas laisser de marbre.

Des voisins avaient été enlevés pas la gestapo, mais le bébé avait été laissé !

Alertés au bout de 2 jours par les pleurs de l’enfant, le médecin avait déclaré que le bébé déshydraté allait mourir s’il ne prenait pas de lait maternel. Elle nous a expliqué avec ses mots à elle les sensations de l’avoir pris dans ses bras, de le voir commencer à téter et au bout de 4 jours de le voir définitivement renaître à la vie. 

Ce ne sont pas toutes ses actions dans la clandestinité qui m’auront fait vous parler d’elle. C’est la vigueur de cette femme prenant son bâton de pèlerin pour secouer l’esprit des jeunes (et des moins jeunes) et toute la pédagogie utilisée à bon escient. 

Lucie Samuel, née Bernard est venue au monde le 29 juin 1912.

Elle nous a quittés le 14 mars 2007 à 94 ans. 

On peut s’attendre à un hommage national aux Invalides (*) mais on doit surtout réclamer son transfert au Panthéon à côté des autres grandes figures de notre nation. 

Personnellement ce billet m’aura permis de rendre hommage à celle qui aura réussi à faire évader son mari incarcéré en même temps que Jean Moulin. 

Adieu Lucie Aubrac. Toute mes condoléances à son époux qui effectivement comme elle l’avait prédit lors d’un interview se retrouve seul après tant d’années de bonheur. 

(*) [Edit du 21 / 03 / 2007 : c'est prévu pour ce midi ] 

Citations 

Liberté, Egalité, Fraternité. 
Trois mots qui comptaient pour Lucie Aubrac 

"Une lumière de la Résistance s'est éteinte cette nuit" 
a déclaré Jacques Chirac pour lui rendre hommage. 

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