lundi 16 mai 2016

J'espère que le cheval sera content

Traversée au dessus du channel, quelque part entre Paris et Londres à bord d’un avion (l'histoire se passe en 1984).
Une passagère est là en train de se battre avec le contenu de son sac, un vieux cabas en toile, rempli avec les affaires de sa fille Charlotte.
Impuissante à retrouver ce qu’elle cherche, elle se plaint à son voisin que les sacs soient si peu  pratiques pour les jeunes mamans.

Discours inutile ? L’homme l’écoute avec attention et la légende irait même jusqu’à insinuer qu’ils ont ensemble dessiné le modèle du sac qui rentrera dans la collection sous le nom de Birkin.

En effet, si la jeune mère de famille est déjà une star, son voisin n’est autre que Jean-Louis Dumas, PdG de la maison Hermes à l'époque (*).

Le succès du "Birkin" a été immédiat. Il se vend encore aujourd’hui le plus en France devant les autres modèles de la collection (compter entre 18 et 25 heures pour sa confection, en fonction de sa taille et de la matière choisie).

Ce premier modèle dessiné avec Jean-Louis Dumas, Jane s’en est séparé lors d’une vente aux enchères au profit des victimes d’un tremblement de terre. 60 000 euros pour cette bonne cause. En voilà une discussion à bord d’un avion qui aura eu de l’avenir...


Birkin et Hermes


Hermes ? J’ai dit Hermes ?
Fondé par Thierry Hermès (né en 1801) en 1837, la première adresse est située rue Basse-du-Rempart à Paris près de l'église de la Madeleine : c’est un atelier de sellier qui confectionne et vend des harnais et des équipements pour les chevaux.
Avec le développement de l’automobile, l’évolution d’Hermes sera orientée vers les bagages. Implanté dès la fin du XIXe siècle rue du Faubourg Saint-Honoré, Hermes diversifie sa production vers la fabrication de sacoches de cuir et arrive sur le marché du luxe (succès portés par les différents descendants de cette dynastie).
Les produits tels que le sac "Kelly" (du nom de la Princesse de Monaco) et le fameux "carré" de soie lui confèrent une renommée mondiale.

J’ai eu la chance d’assister à une conférence / débat où le directeur de la qualité de la maison Hermes était invité à venir s’entretenir avec quelques collègues d'autres sociétés.
J’aime bien ce type de rencontres, c’est un moment privilégié pour y entendre des anecdotes.

La direction de la qualité ? 3000 collaborateurs... tous les collaborateurs !

Chaque artisan est le propre responsable de la qualité. La société mise sur le professionnalisme de ses artisans.

La formation est longue, mais le résultat est à la hauteur des ambitions.
Un seul slogan : Formation, Formation, Formation.

Une entreprise familiale qui a su préserver ses racines : quelle motivation pour tous ses collaborateurs aux quatre coins de la planète.
Même si l’entreprise est implantée partout, elle fabrique tout ce qu’elle vend !

Revenons à l’autre anecdote du jour.

Le patron au moment de la pause du repas remarque un de ses collaborateurs qui reste à côté de son ouvrage alors que tous ses collègues ont déjà quitté l’atelier.
Il va le voir et l’observe terminer de contempler et de caresser la selle qu’il a confectionné (tout seul et ça dure un paquet d’heures !).
- Quelque chose ne va pas ? s’enquiert le patron.
- Non, tout va bien... Elle va bientôt être livrée et je la regarde une dernière fois.
Quelle sera la conclusion de cet artisan ?
Vous l’avez deviné, c’était en titre de cet article...
- J’espère que le cheval sera content.
Car il ne faut pas se tromper de client. Une selle c’est avant tout pour le confort du cheval !



Rire du cheval

(*) Article initialement publié sur OB en avril 2008, avant le décès de Jean-Louis Dumas

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