vendredi 2 décembre 2016

A propos de la réduction du temps de travail

Dans A propos du présentéisme au Sénat, j’abordais de façon impertinente (je l’avoue) la question de la durée légale mise en perspective par rapport à celle des sénateurs.

Les échanges lors de la primaire à droite avec le consensus pour supprimer les 35 heures donne une vision peu logique des projets proposés.

L’objectif des programmes est ambitieux : redresser l’économie, limiter le déficit et le chômage… la quadrature du cercle sûrement mais rien n’empêche un esprit critique et scientifique d’aller au bout de leur pensée. 

Après de longues années à réfuter l’argument que de diminuer la durée légale du travail n’aurait aucune incidence sur le chômage, maintenant la recette miracle serait d’allonger le temps de travail pour supprimer des postes de fonctionnaires. Ce qui marcherait dans un sens ne marcherait pas dans l’autre ?
Un post d’un ami internaute belge sur FB proposait la conclusion :
  • « Si je comprends bien François #Fillon promet une augmentation d'un demi million de chômeurs lors de son mandat »
Je ne pouvais que répondre
  • Tu comptes mal... Résultat obtenu grâce au passage à 39 heures dans la fonction publique, donc pour le seul périmètre des fonctionnaires. Règle de 3 appliquée pour l'ensemble des salariés ça donne beaucoup plus. Avec le recul de l'âge de la retraite ça va même accentuer le processus, tu devrais parler de millions !
Sous le précédent mandat, avec un premier ministre maintenant investi du projet de « Les Républicains » (mais qui à l’époque était déjà de commande), on a déjà taillé dans les effectifs de façon notable, par exemple :
  • côté sécurité pas besoin de démonstration pour voir les conséquences, la gauche devant réparer ce que la droite avait cassé (ceci dit sans pour autant juger de l'efficacité de la réparation, tel n'est pas mon propos).
  • côté infirmières, j’ai vu en direct les effets de 2007 à 2011, ayant passé de longues périodes aux urgences et dans les services des hôpitaux à constater la dégradation du service public tout en étant au chevet de mon épouse. 
Trop de fonctionnaires ? Je n’ai pas les moyens d’avoir un avis « en général ». Par contre métier par métier nous pourrions essayer d’étayer un avis. 
Quelques questions préliminaires soumises à votre sagacité :
  • Si un paquebot met une semaine à traverser l’atlantique, combien en mettraient sept ? 
    A iso performance une semaine également évidemment, cet exemple est donné uniquement pour illustrer qu’une charge cumulée exprimée en heures n’est pas fractionnable selon les désirs du ténor qui en parle. 
  • De façon similaire si un terrassier met 8 heures à faire à la pioche un trou d’un mètre cube, combien de temps en faudra-t-il à huit ouvriers ?
    Une heure ? Vous rigolez ? Pensez vous au carnage des coups de pioche perdus ? Là l’espace autour du travailleur est un paramètre incontournable. 
    Je conviens qu’à huit ils pourront aller plus vite en se relayant mais le gain de performance aura sûrement une limite quant au nombre de relayeurs. A ce propos la lecture de à propos de performance pourra compléter ma vision sur le sujet. 
    Mais dans tous les cas s'il y a 8 trous à creuser, le passage à 39h ne permettra pas au terrassier de le faire à la même vitesse que s'il y avait 7 personnes pour l'aider.
Revenons au sujet : les X infirmières présentes en simultané pour assurer le service dans une structure donnée (un étage par exemple) devront toujours être présentes que la durée de travail soit de 35 ou de 39 heures.

Je ne remets pas en cause la difficulté de gérer le planning avec les RTT issues de la réduction du temps de travail, mais le gain en heures travaillées ne permettra jamais de compenser les besoins par étage. L’avantage des RTT négociables : elles peuvent éventuellement permettre de compenser les absences pour maladie, faute d’infirmières nous n’en sommes plus là, elles ne peuvent même pas prendre leur temps de repos et sont déjà en sous effectif.

N'oublions pas l’aspect humain qui est primordial dans ce cas de figure (d’ailleurs la remarque serait également applicable aux forces de l’ordre présentes sur le terrain), c’est comme pour la conduite automobile : l’attention est indispensable, la fatigue pouvant engendrer les erreurs fatales. Il faut se reposer quand c'est nécessaire donc durée maximale de travail et périodes de repos sont incontournables (arrêt toutes les 2 heures ?).

De plus pour ces métiers en perpétuelle évolution, le temps consacré à la formation ne peut pas être occulté. L’encadrement des nouveaux arrivants prend du temps aux anciens et retarde le côté opérationnel des nouveaux embauchés.

Il ne suffit pas de dire "on sortira les personnes de leurs bureaux pour les mettre sur le terrain" afin de compenser les manques ici par des surplus là. 
Un préposé aux impôts ne fera pas un infirmier dans un hôpital…

Enfin, la vraie question pourrait être quid des fonctionnaires en charge du travail des élus ?
On ajoute des élus au travers des étages supplémentaires ajoutés depuis l’intercommunalité jusqu’à la région : chaque niveau intermédiaire n’a non seulement pas limité le nombre d’élus mais a généré des emplois dans la fonction publique (je suppose en effet que les présidents adjoints des régions disposent ou fournissent chacun du travail à des fonctionnaires). 

Comme je l’écrivais déjà dans réduire le nombre de mails et réduire le nombre de réunions, la bonne formulation ne devrait pas être réduire le nombre de fonctionnaire mais supprimer les tâches inutiles ! Là le gain de charge associée permettrait de réorganiser les postes pour effectivement pouvoir envisager de limiter le nombre de fonctionnaires.
  • Nota : diminuer le nombre d'élus entrainerait logiquement une baisse du besoin en fonctionnaires...
Michel Rocard prônait 
« Il faut travailler plus, tous collectivement, pour gagner plus collectivement » mais ramené au niveau individuel en réduisant la durée de travail. 
Si j’en crois ses chiffres : « En France, les salariés travaillent en moyenne 36,5 heures par semaine, contre moins de 33 heures en Allemagne et moins de 31 aux Etats-Unis » il y a encore du potentiel dans la réduction.

En tout cas, je partage son analyse : si tout le monde travaille, on travaille plus collectivement, on cotise plus et on coûte moins en assurance chômage.
Après le bénéfice de la croissance pourrait être redistribué pour que chacun gagne plus, et de fait dépenses plus…

D’ailleurs, si le salaire de nos élus était calé sur, par exemple, le salaire médian, ils auraient tout intérêt à ce que ce salaire progresse… mais c’est un autre sujet qu’il conviendra de développer dans un autre article.

Le progrès devrait être source de mieux être pour tous, avec du temps dégagé pour s’occuper des siens. 
Vision sociale a priori, peut-être ni socialiste ni libérale mais c’est ma vision et je la partage.
Les temps modernes

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